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Comment Metz a inspiré Paul Verlaine

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Comment Metz a inspiré Paul Verlaine

Message par Invité le Lun 4 Sep - 12:17


Comment Metz a inspiré Paul Verlaine

27 août 2017

Méconnu, l’appartement natal de Verlaine à Metz est avec le petit musée de Juniville , dans les Ardennes, le seul lieu de mémoire qui lui est consacré. Le poète n’y a vécu que 34 mois mais la ville a façonné sa sensibilité poétique.

Bérangère Thomas, présidente des Amis de Verlaine, est à l’ origine de la transformation de l’appartement natal du poète maudit en lieu dédié à s mémoire .
C’est un immeuble d’angle du centre- ville de Metz , typique du XVIIIe siècle, situé entre le Palais de Justice et un bar gay .
Une plaque discrète installée en 1919, une fois Metz redevenue française , est là pour rappeler (aux touristes de passage mais aussi à beaucoup de Messins qui l’ignorent) que Paul Verlaine est né là, le 30 mars 1844. Dans la chambre bleue de ce très bel appartement bourgeois de 150 m 2 situé au 1 er , « l’étage noble », aime à préciser Bérangère Thomas. En tant que présidente de l’ association des Amis de Verlaine, elle est l’actuelle dépositaire de sa mémoire.
Fascinée par le poète maudit, son sang n’a fait qu’un tour quand elle a appris la mise en vente de l’immeuble en 2010.Mis à part le petit musée de Juniville retraçant ses quatre années ardennaises, l’homme de lettres n’a pas de lieu dédié à sa mémoire. Un appel aux dons est lancé. L’association parvient in extremis à racheter l’ habitation en 2011 pour 210 000 €. Gérard Lhéritier , collectionneur fortuné de manuscrits anciens et fondateur du Musée des lettres et manuscrits de Paris, couvre à lui seul les deux tiers du financement. Les petites mains assurent pendant un an et demi la rénovation des lieux , avec pour mot d’ ordre de restituer l’ esprit de l’ époque . Un pari réussi, même si l’ endroit , autour duquel est fait très peu de communication , n’accueille depuis qu’un millier de visiteurs par an.
Quatre pièces d’ exposition

L’ espace se compose de quatre pièces d’exposition et d’un accueil- librairie . Il est animé par un fonds documentaire très riche constitué de gravures de presse, journaux anciens, dessins, articles , livres originaux , fac-similé , affiches, objets anciens ou œuvres d’art contemporaines . La scénographie évoque plusieurs thèmes , de ses origines messines à sa gloire posthume en passant par sa jeunesse sous le Second Empire , sa rencontre avec Rimbaud ou l’ éclosion de sa renommée. « C’est à Metz que s’est formée sa sensibilité poétique », estime Bérangère Thomas, expliquant que son don pour l’observation s’y est révélé. « J’ étais sans cesse en chasse de formes, de couleurs et d’ombres », écrit le poète en évoquant son Metz enfantin. Bérangère Thomas y voit les prémices de son art impressionniste . Pourtant, Verlaine n’aura vécu que 34 mois, en deux temps, à Metz. Il y passa sa première année de vie avant que son père militaire , capitaine adjudant du Génie , ne soit muté à Nîmes, puis Montpelllier.
Fasciné par la cathédrale

La famille revient ensuite à Metz de juin 1849 à septembre 1851, et y occupe le même appartement avant de partir à Paris . Verlaine avait alors entre 5 et 7 ans. Fasciné par la cathédrale, il dit aussi sesouvenir des promenades sur l’ Esplanade. L’annexion par l’ Allemagne de cette terre où il vécut heureux va, vingt ans après son départ, développer son esprit d’engagement et de revanche . Il l’écrit dans Confessions en 1895 : « Je revendique d’autant plus ma qualité de Lorrain et de Messin, que la Lorraine et Metz sont plus malheureuses, plus douloureuses ! » Philippe Marque.

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Re: Comment Metz a inspiré Paul Verlaine

Message par Invité le Lun 4 Sep - 12:21

Poésie : Agnus Dei


Titre : Agnus Dei

Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Liturgies intimes (1892).
L'agneau cherche l'amère bruyère,
C'est le sel et non le sucre qu'il préfère,
Son pas fait le bruit d'une averse sur la poussière.

Quand il veut un but, rien ne l'arrête,
Brusque, il fonce avec de grands coups de sa tête,
Puis il bêle vers sa mère accourue inquiète...

Agneau de Dieu, qui sauves les hommes,
Agneau de Dieu, qui nous comptes et nous nommes,
Agneau de Dieu, vois, prends pitié de ce que nous sommes.

Donne-nous la paix et non la guerre,
Ô l'agneau terrible en ta juste colère.
Ô toi, seul Agneau, Dieu le seul fils de Dieu le Père.
Paul Verlaine.

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Re: Comment Metz a inspiré Paul Verlaine

Message par Invité le Lun 4 Sep - 12:24

Titre : Art poétique

Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Jadis et naguère (1884).
De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point
Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,
C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,
Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,
L'Esprit cruel et le Rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !
Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !
Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.
Paul Verlaine.

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Re: Comment Metz a inspiré Paul Verlaine

Message par Invité le Lun 4 Sep - 12:26

Titre : Amoureuse du diable

Poète : Paul Verlaine (1844-1896)

Recueil : Jadis et naguère (1884).
À Stéphane Mallarmé

Il parle italien avec un accent russe.
Il dit : « Chère, il serait précieux que je fusse
Riche, et seul, tout demain et tout après-demain.
Mais riche à paver d'or monnayé le chemin
De l'Enfer, et si seul qu'il vous va falloir prendre
Sur vous de m'oublier jusqu'à ne plus entendre
Parler de moi sans vous dire de bonne foi :
Qu'est-ce que ce monsieur Félice ? Il vend de quoi ? »

Cela s'adresse à la plus blanche des comtesses.

Hélas ! toute grandeurs, toutes délicatesses,
Cœur d'or, comme l'on dit, âme de diamant,
Riche, belle, un mari magnifique et charmant
Qui lui réalisait toute chose rêvée,
Adorée, adorable, une Heureuse, la Fée,
La Reine, aussi la Sainte, elle était tout cela,
Elle avait tout cela.
Cet homme vint, vola
Son cœur, son âme, en fit sa maîtresse et sa chose
Et ce que la voilà dans ce doux peignoir rose
Avec ses cheveux d'or épars comme du feu,
Assise, et ses grands yeux d'azur tristes un peu.

Ce fut une banale et terrible aventure
Elle quitta de nuit l'hôtel. Une voiture
Attendait. Lui dedans. Ils restèrent six mois
Sans que personne sût où ni comment. Parfois
On les disait partis à toujours. Le scandale
Fut affreux. Cette allure était par trop brutale
Aussi pour que le monde ainsi mis au défi
N'eût pas frémi d'une ire énorme et poursuivi
De ses langues les plus agiles l'insensée.
Elle, que lui faisait ? Toute à cette pensée,
Lui, rien que lui, longtemps avant qu'elle s'enfuît,
Ayant réalisé son avoir (sept ou huit
Millions en billets de mille qu'on liasse
Ne pèsent pas beaucoup et tiennent peu de place.)
Elle avait tassé tout dans un coffret mignon
Et le jour du départ, lorsque son compagnon
Dont du rhum bu de trop rendait la voix plus tendre
L'interrogea sur ce colis qu'il voyait pendre
À son bras qui se lasse, elle répondit : « Ça
C'est notre bourse. »
Ô tout ce qui se dépensa !
Il n'avait rien que sa beauté problématique
(D'autant pire) et que cet esprit dont il se pique
Et dont nous parlerons, comme de sa beauté,
Quand il faudra... Mais quel bourreau d'argent ! Prêté,
Gagné, volé ! Car il volait à sa manière,
Excessive, partant respectable en dernière
Analyse, et d'ailleurs respectée, et c'était
Prodigieux la vie énorme qu'il menait
Quand au bout de six mois ils revinrent.

Le coffre
Aux millions (dont plus que quatre) est là qui s'offre
À sa main. Et pourtant cette fois — une fois
N'est pas coutume — il a gargarisé sa voix
Et remplacé son geste ordinaire de prendre
Sans demander, par ce que nous venons d'entendre.
Elle s'étonne avec douceur et dit : « Prends tout
Si tu veux. »
Il prend tout et sort.

Un mauvais goût
Qui n'avait de pareil que sa désinvolture
Semblait pétrir le fond même de sa nature,
Et dans ses moindres mots, dans ses moindres clins d'yeux,
Faisait luire et vibrer comme un charme odieux.
Ses cheveux noirs étaient trop bouclés pour un homme,
Ses yeux très grands, tout verts, luisaient comme à Sodome.
Dans sa voix claire et lente un serpent s'avançait,
Et sa tenue était de celles que l'on sait :
Du vernis, du velours, trop de linge, et des bagues.
D'antécédents, il en avait de vraiment vagues
Ou pour mieux dire, pas. Il parut un beau soir,
L'autre hiver, à Paris, sans qu'aucun pût savoir
D'où venait ce petit monsieur, fort bien du reste
Dans son genre et dans son outrecuidance leste.
Il fit rage, eut des duels célèbres et causa
Des morts de femmes par amour dont on causa.
Comment il vint à bout de la chère comtesse,
Par quel philtre ce gnome insuffisant qui laisse
Une odeur de cheval et de femme après lui
A-t-il fait d'elle cette fille d'aujourd'hui ?
Ah, ça, c'est le secret perpétuel que berce
Le sang des dames dans son plus joli commerce,
À moins que ce ne soit celui du Diable aussi.
Toujours est-il que quand le tour eut réussi
Ce fut du propre !

Absent souvent trois jours sur quatre,
Il rentrait ivre, assez lâche et vil pour la battre,
Et quand il voulait bien rester près d'elle un peu,
Il la martyrisait, en manière de jeu,
Par l'étalage de doctrines impossibles.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Mia, je ne suis pas d'entre les irascibles,
Je suis le doux par excellence, mais, tenez,
Ça m'exaspère, et je le dis à votre nez,
Quand je vous vois l'œil blanc et la lèvre pincée,
Avec je ne sais quoi d'étroit dans la pensée
Parce que je reviens un peu soûl quelquefois.
Vraiment, en seriez-vous à croire que je bois
Pour boire, pour licher, comme vous autres chattes,
Avec vos vins sucrés dans vos verres à pattes
Et que l'Ivrogne est une forme du Gourmand ?
Alors l'instinct qui vous dit ça ment plaisamment
Et d'y prêter l'oreille un instant, quel dommage !
Dites, dans un bon Dieu de bois est-ce l'image
Que vous voyez et vers qui vos vœux vont monter ?
L'Eucharistie est-elle un pain à cacheter
Pur et simple, et l'amant d'une femme, si j'ose
Parler ainsi consiste-t-il en cette chose
Unique d'un monsieur qui n'est pas son mari
Et se voit de ce chef tout spécial chéri ?
Ah, si je bois c'est pour me soûler, non pour boire.
Être soûl, vous ne savez pas quelle victoire
C'est qu'on remporte sur la vie, et quel don c'est !
On oublie, on revoit, on ignore et l'on sait ;
C'est des mystères pleins d'aperçus, c'est du rêve
Qui n'a jamais eu de naissance et ne s'achève
Pas, et ne se meut pas dans l'essence d'ici ;
C'est une espèce d'autre vie en raccourci,
Un espoir actuel, un regret qui « rapplique »,
Que sais-je encore ? Et quant à la rumeur publique,
Au préjugé qui hue un homme dans ce cas,
C'est hideux, parce que bête, et je ne plains pas
Ceux ou celles qu'il bat à travers son extase,
Ô que nenni !

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

« Voyons, l'amour, c'est une phrase
Sous un mot, — avouez, un écoute-s'il-pleut,
Un calembour dont un chacun prend ce qu'il veut,
Un peu de plaisir fin, beaucoup de grosse joie
Selon le plus ou moins de moyens qu'il emploie,
Ou pour mieux dire, au gré de son tempérament,
Mais, entre nous, le temps qu'on y perd ! Et comment !
Vrai, c'est honteux que des personnes sérieuses
Comme nous deux, avec ces vertus précieuses
Que nous avons, du cœur, de l'esprit, — de l'argent,
Dans un siècle que l'on peut dire intelligent
Aillent !... »

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Ainsi de suite, et sa fade ironie
N'épargnait rien de rien dans sa blague infinie.
Elle écoutait le tout avec les yeux baissés
Des cœurs aimants à qui tous torts sont effacés,
Hélas !
L'après-demain et le demain se passent.
Il rentre et dit : « Altro ! Que voulez-vous que fassent
Quatre pauvres petits millions contre un sort ?
Ruinés, ruinés, je vous dis ! C'est la mort
Dans l'âme que je vous le dis. »
Elle frissonne
Un peu, mais sait que c'est arrivé.
— « Ça, personne,
« Même vous, diletta, ne me croit assez sot
Pour demeurer ici dedans le temps d'un saut
De puce. »
Elle pâlit très fort et frémit presque,
Et dit : « Va, je sais tout. » — « Alors c'est trop grotesque
Et vous jouez là sans atouts avec le feu.
— « Qui dit non ? » — « Mais je suis spécial à ce jeu. »
— « Mais si je veux, exclame-t-elle, être damnée ? »
— « C'est différent, arrange ainsi ta destinée,
« Moi, je sors. » « Avec moi ! » — « Je ne puis aujourd'hui. »
Il a disparu sans autre trace de lui
Qu'une odeur de soufre et qu'un aigre éclat de rire.

Elle tire un petit couteau.
Le temps de luire
Et la lame est entrée à deux lignes du cœur.
Le temps de dire, en renfonçant l'acier vainqueur :
« À toi, je t'aime ! » et la justice la recense.

Elle ne savait pas que l'Enfer c'est l'absence.
Paul Verlaine.

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