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"Tous manipulés ?", l'affaire Dutroux passée au crible

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"Tous manipulés ?", l'affaire Dutroux passée au crible

Message par Prince le 2010-03-01, 9:18 pm

Un nouvel ouvrage sur l'affaire Dutroux met en cause l'ex-gendarmerie. Il est rédigé par un ancien gendarme, Marc Toussaint, et un journaliste, Xavier Rossey. Les auteurs vont plus loin que les insinuations et tentent de démontrer que derrière toute cette affaire, il y a une stratégie délibérée de la gendarmerie.

On savait déjà que la gendarmerie avait mené une enquête et des opérations parallèles dont tous les éléments n'avaient pas été transmis aux magistrats. On connaît aussi les dramatiques échecs des perquisitions menées notamment par le gendarme Michaux dans la maison de Marc Dutroux. Les auteurs vont ici plus loin : il y avait, disent-ils, une stratégie très délibérée de la gendarmerie derrière tout cela.

Marc Toussaint est un ancien gendarme qui a enquêté avec efficacité dans plusieurs gros dossiers de criminalité des années '80, ce qui lui a valu d'ailleurs un attentat manqué.

Il a quitté la gendarmerie en 1997. Dans "Tous manipulés?", chez Gilson éditeur, il tire des conclusions très graves pour son ex-corps d'appartenance.

Son expérience antérieure, relatée dans la première partie de l'ouvrage, l'amène à analyser, au sein de l'ex-gendarmerie, des mécanismes d'étouffement d'enquête qu'il retrouve dans l'affaire Dutroux.

Si on connaît déjà l'implication de la gendarmerie dans l'échec de l'enquête, il estime qu'elle en savait beaucoup plus qu'on ne croit sur la détention de Julie et Mélissa par Marc Dutroux.

Pour les auteurs, la gendarmerie observait et savait ce qui se passait. En témoignent les opérations "Othello" et, plus ancienne, "Decime", d'observations de Marc Dutroux.

Les documents internes à la gendarmerie étaient libellés "Julie et Mélissa". Devant la commission d'enquête parlementaire, la gendarmerie avait expliqué qu'il s'agissait d'une appellation générale relative aux enfants disparus. Mais les auteurs font remarquer que cet intitulé est déjà utilisé dès juin 1995, juste après l'enlèvement des deux fillettes, et avant l'enlèvement de An et Eefje.

Les auteurs estiment aussi que les fameux témoins "X" arrivés dans ce dossier n'ont finalement été qu'un écran de fumée, une forme de diversion. Ils pensent qu'elles ne sont pas arrivées par hasard dans ce dossier. Leurs premiers appels téléphoniques en néerlandais ont été effectués à un moment où des gendarmes néerlandophones (Debaets) se trouvaient précisément chez le juge d'instruction Jean-Marc Connerotte, et ils se sont emparés immédiatement de ces témoignages. Les auteurs rappellent que X1 (Regina Louf) est déjà connue de la gendarmerie, pour laquelle elle a travaillé dans des formations à des interrogatoires de victimes d'abus sexuels.

Marc Toussaint et Xavier Rossey estiment aussi la gendarmerie a toujours entouré de très près le juge Jean-Marc Connerotte et le procureur Michel Bourlet, plus pour les contrôler que pour les protéger d'une menace inexistante. De cela, ils voient notamment un indice dans le fait qu'après le dessaisissement du juge Jean-Marc Connerotte, le juge Jacques Langlois qui lui a succédé n'a pas été l'objet de telles mesures.

Enfin, ils estiment que le gendarme Michaux a, soit sur injonction, soit par sa maladresse que ses supérieurs connaissait et ont donc utilisé, délibérément bâclé les perquisitions et passé à côté des enfermés. Des accusations évidemment très graves.

Ils se fondent notamment sur un procès verbal rédigé par le gendarme Michaux le 15 août 1996, le jour de la libération de Sabine Dardenne et Laetitia Delhez. En justifiant rétrospectivement l'échec des perquisitions passées, ce gendarme évoque curieusement la mort de Julie et Mélissa dont il ne pouvait rien savoir, car on est deux jours avant les aveux de Marc Dutroux et la découverte de leurs corps. Une forme d'aveux, un texte d'autant plus suspect que l'encodage du procès verbal l'est aussi: il pourrait laisser penser que ce PV a été rédigé en janvier 1996, soit juste après les perquisitions, mais jamais utilisé: il aurait alors été ressorti le 15 août.

Les thèses des auteurs reposent sur une relecture de tout le dossier d'une part - et on pourra toujours discuter de leur interprétation - et sur quelques éléments factuels comme ce PV, particulièrement troublant.

A quelles fins l'ex-gendarmerie (ou certains dans la gendarmerie) aurait-elle ainsi agi ? Selon les auteurs, il se pourrait qu'elle souhaitait avant tout repérer tous les contacts de Marc Dutroux, dans le cadre d'un éventuel trafic d'enfants, ou aussi d'un trafic de cassettes pédopornographiques. Une accumulation de telles informations, tout en postposant le plus possible la libération des enfants lui aurait donné de nombreuses informations sur de nombreuses personnes et lui aurait permis d'accroître un pouvoir déjà très affirmé lors des années 70 et 80. Visiblement les auteurs ne croient pas aux thèses de "maladresses" et de "bureaucratie" qui auraient affecté les gendarmes dont certains s'étaient d'ailleurs montré fort efficaces dans l'enquête.

Une thèse radicale, à la limite d'ailleurs de l'insoutenable. Jusqu'ici, une thèse défendue par pas mal d'observateurs et de membres de la commission d'enquête était celle d'une enquête parallèle, menée par la gendarmerie dans l'espoir de recueillir les fruits du succès de la libération des enfants enlevés. Elle n'a pas transmis aux magistrats les informations utiles dont elle disposait. Mais peu sont disposés à aller aussi loin que les auteurs en invoquant une stratégie aussi délibérée.

Le lecteur appréciera par lui-même.



Marc Molitor


"Tous manipulés?" Avant, pendant, après l'affaire Dutroux, chez Gilson éditeur

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